| Mes hommages, mâdâme, môssieur... |
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| Écrit par Marie Chotek | |
| 08 janvier 2010 14:26 | |
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Le Seguin est mort, flanqué au sol par une crise cardiaque, et les hommages, depuis, ne cessent plus de pleuvoir. Pourtant, on ne peut pas dire qu'on en entendait beaucoup parler de son vivant, au moins dans les derniers temps. Pour ma part, j'ai juste retenu qu'il était contre la réforme des régions, à moins que ce ne soit le bouclier fiscal, sais plus bien (j'opterai pour le bouclier fiscal). Il semblerait qu'on se souvienne surtout de lui en maire d'Epinal dans les Vosges, en énième cocu du roi des infidèles (Chichi), ou en ancien président de l'Assemblée. Ce qui n'est déjà pas si mal me direz-vous. On tend également à le présenter comme un Républicain gaulliste attaché à l'aspect social des choses (ouais ouais c'est possible ça), or il semblerait que la seule fois où il a été dans un gouvernement, cela a été pour prendre des décisions pas franchement portées sur le social, comme supprimer l'autorisation administrative de licenciement. Ne croyez surtout pas que je vais me mettre à taper sur un mort (comme si c'était mon genre, pfuit...), ne croyez pas non plus que je sois atteinte de séguinisme primaire. Je ne connaissais pas grand chose du bonhomme, sinon qu'il était tonitruant et gros, mal rasé, une sorte de sergent Garcia (la bênitude en moins) et qu'on l'aurait bien vu à une table de mariage, taper sur la table avec sa chaussure en chantant des chants grivois après s'être empiffré, du vin d'honneur à la pièce montée (je crois que c'est pas si faux que ça, comme image). Je crois que je l'aurais bien vu aussi en patron terrorisant ses troupes (moi du moins), en leur gueulant dessus avec cendriers volant à travers la pièce (choses vues paraît-il). Non, je ne taperai pas sur son cercueil avec ma propre chaussure, je me ferai juste une fois encore cette remarque que vous avez certainement dû vous faire : on est toujours mieux aimé de sa mort que de son vivant. Est-ce parce que la mort effraie et que l'on espère la tenir à distance en cajolant le nouveau cadavre? Est-ce par compassion pour ce dernier qui a passé l'arme à gauche à un âge (66 ans) désormais vert sous nos latitudes, compassion que l'on déploierait là aussi pour se prémunir d'un sort identique? Est-ce parce que ce serait vraiment trop vilain de dire du mal d'un tout jeune mort? En même temps, il faut reconnaître qu'il n'y avait pas franchement de raisons de dire du mal de lui, mais bon, les phrases de circonstance zwinguaient un peu trop follement dans mon Libé de ce matin. Une référence, une boussole (Martine Aubry), un ami personnel et fidèle (Ben Ali, Tunisie), un gaulliste social (VGE), une profonde estime (Alain Juppé), un respect pour le travail du président de la Cour des comptes (Marie-Georges Buffet), un vrai passionné de football (Frédéric Thiriez, ligue de foot professionnelle), une droiture durant la campagne pour la municipale de Paris (Bertrand Delanoë)... N'en jetez plus! Et si c'était Jean-Marie Le Pen qui avait été étalé au sol par une crise cardiaque, qu'aurait-on entendu? J'ai du mal à croire (j'ose espérer même) que tout le monde, de l'extrême droite à l'extrême gauche, se serait fendu de ces mêmes commentaires. Un ex tortionnaire exigeant (Bouteflika), une référence en matière de xénophobie (Dominique Sopo, président de SOS racisme), un regard droit et fixe (Haffelou), un ami fidèle et personnel (Benoit 16), un passionné de boxe arabe (Thierry Rolland), un excellent ex (ex-madame Le Pen), etc. Je suppose qu'il y en aurait bien quelques uns qui, parce que haut placés, auraient été obligés de s'y coller. Je ne pense que cela aurait été trop pénible pour Besson le pantalon ni trop insurmontable pour Brice Boutefeux, un peu plus sans doute pour Nicolas Ier (encore que), mais bon, il aurait été bien obligé, et son premier ministre aussi, de se fendre d'un petit mot pas trop salaud parce que hein, la mort pourrait le prendre mal, et un mort même FN, ça reste un mort. Alors, respect, même d'un ex vivant répugnant. Et si Marie Chotek, l'écrivain inconnu mourrait, est-ce que ce serait le même florilège hein? Une talentueuse auteure passée en coup de vent dans mes services (Antoine Gallimard), une plume et pas que d'oie (Pierre Assouline), une future feu-prix Goncourt (Edmonde Charles-Roux, 2éme couvert du jury Goncourt), une regrettable et très dommageable omission de nos services secrets (Barack Obama), une chienne de garde dont le ouaf ouaf va nous manquer cruellement (monseigneur Gaillot, chienne de garde et ex Evêque d'Evreux), une employée de bureau sérieuse et ayant le sens du service public (Mitrand, ministre de la Culture), une qui aurait mérité d'être publiée pour de vrai (Justine Levy, auteur connue et amie inconnue de l'auteure inconnue). Etc. Bon, je vous lâche avec mes hommages, et mes fantasmes enfantins façon enfant puni que se dit « ah ben quand je serai morte, ils vont rudement me regretter ». Je préfère me remémorer en guise de conclusion le débat qui animait les comédiens de la pièce Xu (objet bien rangé mais où?) et auteurs du Baleinié, dictionnaire des petits tracas, qui se disputaient au sujet de savoir si « être mieux aimé mort que vivant » était un vrai petit tracas ou pas (puisque, argumentait l'un d'entre eux, quand on est mort, on est mort et on s'en fiche de ce que les autres disent de soi). Je vous laisse méditer à la question... Ecrire un commentaire |