Accueil arrow News arrow News arrow Lundi Sarko, lundi pas jojo
Lundi Sarko, lundi pas jojo Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Marie Chotek   
26 janvier 2010 21:15

Ce lundi matin, ce n'est pas mon portable qui m'a réveillée mais Bécassine.

Elle était assise à côté de mon lit, sur mon bureau, et elle a clamé très très fort, debout, Mimi, debout, tu n'as plus que 45 minutes pour arriver à l'heure dans mon bureau, sinon... Et elle a eu un rire très désagréable, un peu comme celui de la non muse quand je lui montre le synopsis de mon recueil de nouvelles à venir sur le thème de la maternité, frasques et fantasmes.

Je me suis réveillée, paniquée. Le réveil indiquait 7 H 55, je n'avais plus que 5 minutes pour me laver, m'habiller et manger. J'ai foncé dans mon jean en gardant le haut qui pouvait passer pour une tenue de jour, j'ai saisi un reste d'éclair au chocolat massacré par un Zébulon peu sensible à l'esprit Jean-Pierre Coffe, et j'ai filé vers le métro.

Dehors, une vieille dame a voulu m'arrêter (8 H 07) afin que je lui indique où acheter des fleurs pour la tombe de sa grand-tante qu'elle allait visiter au cimetière vu que le magasin était fermé, et donc, comprenez moi, madame, je suis perdue, je viens exprès du Larzac pour honorer mon aïeule et le magasin où durant plus de vingt années j'ai acheté de quoi fleurir sa tombe est... Je l'ai balayée d'un revers de moufle et j'ai poursuivi vers le métro en me jurant que c'était la dernière fois que je faisais ça, me lever en retard.

Dans le métro, quand enfin arrivé (8 H 32), il y a une femme enceinte qui a exigé que je lui laisse sa place. Il y avait plein d'autres personnes assises, certaines bien plus jeunes que moi, telle cette jeune fille tout juste pubère, ou ce jeune homme qui étalait ses cuisses ouvertes sur deux strapontins, mais non, elle voulait absolument que ce soit moi qui lui cède la place. J'ai dû me lever, et je me suis dit, voilà un lundi qui commence bien pourri. Sur ce, une horde de puciers est montée à porte de Montreuil, ce qui fait que non seulement j'étais debout, mais je ne pouvais pas lire mon journal.

Sur la 1 ensuite (8 h 52), j'ai trouvé miraculeusement une place et j'ai pu lire un article avant qu'on ne soit bloqué à Bastille, portes ouvertes.

  • Euh, veuillez m'excuser, a bafouillé le conducteur, il y a quelqu'un qui se serait évanoui dans mon train...

Evanoui? Mais quel était encore l'abruti ou la gourdasse qui avait trouvé le moyen de se trouver mal dans ma rame? 9 h 01, tic tac, j'avais envie de hurler, QUI? J'ai remarqué une femme qui gisait sur le sol, non loin de mon siège, pâle et alanguie, je me suis précipitée, je lui ai distribué deux paires de claques bien sonores puis je l'ai traînée sur le quai. Et je suis remontée, en abandonnant gracieusement mon siège à un petit vieux chenu qui chancelait à ses côtés.

  • Nous pouvons y aller, a annoncé le conducteur, mon train est dégagé...

Tout le monde me regardait. Je me suis juré que c'était bien la dernière fois que je laissais ma place à un vieux qui n'avait rien à foutre dans le métro aux heures de pointe.

Enfin arrivée à Palais Royal (9 h 22), j'ai foncé sous les arcades, taillant mon chemin à coup de sac, au travers des groupes scolaires et retraités, qui en obstruaient l'accès. Il y a eu des cris, des protestations, mais en italien, alors basta. En débouchant des arcades, un couple m'a arrêtée pour que je les prenne en photo. Je me suis exécutée, pensant que ça irait plus vite.

  • Ah non, pas comme ça, a protesté le monsieur, mais en longueur... c'est mieux qu'on nous voit en pied devant la grande pyramide...

Clic clac.

  • Ah non, a couiné sa femme, en largeur j'ai l'air moins grosse, refaites là s'il vous plait...

Clic clac.

  • On ne voit pas le sommet de la pyramide, a grogné l'homme, refaites là qu'on voit qu'il s'agit bien de la grande pyramide du Louvre et non pas les vitres d'un concessionnaire de bagnoles quelconque!

J'ai jeté l'appareil par terre (un Nikon dernier cri, 1500 euros) et je me suis enfuie (9 H 25). J'ai traversé la Seine en expédiant une Rom qui voulait me faire le coup du madame, c'est à vous? en tendant une fausse bague ramassée sur le sol. Elle a chu dans la Seine mais je suppose que les Roms savent nager.

J'ai franchi la porte du Syndic à 9 H 32, Bécassine m'attendait dans le hall avec un chronomètre et elle m'a hurlé, 32 minutes de retard, tu partiras à 18 H 02 et PAS AVANT! Je me suis écroulée en sueur sur mon bureau et le reste de la journée s'est perdue dans un brouillard comateux.

Le soir, à 18 H 02, j'ai franchi les portes du Syndic en me demandant comment faire pour arriver à 18 H 30 chez nounou alors qu'il me fallait presqu'une heure. J'ai caressé l'idée saugrenue de prendre un taxi mais de toute façon, toutes les rues étaient bloquées vu que Nicolas Ier allait s'exprimer à la télé, sur TF1, la chaîne des intellectuels qui cachent (bien) leur jeu. Oui, je sais, TF1 n'est pas précisément situé dans le 7éme arrondissement de Paris, mais il valait mieux être prudent n'est-ce pas?

Dans le métro, attendu dix minutes, il y avait un groupe de Japonais qui a tenté de se faire hara kiri à Châtelet, ce qui fait qu'on a dû tous descendre vu que la ligne était bloquée. Je me suis assise sur un siège, en me demandant si moi aussi je n'allais pas tenter de me jeter sur la voie, ce qui aurait été idiot vu que les métros ne circulaient plus.

Un type m'a accostée.

  • Et vous, il m'a fait, vous ne seriez pas Marie Chotek?

  • Euh oui... j'ai bafouillé, trop abattue pour m'étonner (qui diable pouvait bien me reconnaître à part ma mère hein?)

  • Ah super! Venez avec moi! Il s'est exclamé.

  • Comment ça? J'ai fait. Je dois aller chercher mon fils!

  • Vous irez une autre fois, il a fait d'un ton sans appel, le Président vous attend pour composer le panel des vrais Français qui l'intervieweront ce soir!

  • Mais je ne suis pas une vraie Française! J'ai braillé. Je veux dire... je ne suis pas représentative!

  • Oh que si, il a jappé, vous représentez l'écrivain méritante mais non avenue pour ne pas dire ratée, employée de bureau pour gagner sa vie tout en étant estampillée bobo de par son extraction de classe!

  • Mais c'est n'importe quoi! J'ai couiné.

  • Venez vous dis-je, on ne discute pas les ordres du Président!

Et le type m'a entraînée en dehors de la station et m'a enfournée dans une énorme voiture noire, du genre limousine pour vieux parvenu impuissant qui épouse une ex mannequin sans utérus. Il était 18 H 55 et j'ai tenté d'appeler Nounou, pas de réponse, puis A, aucune réponse. J'ai senti la panique me gagner, pauvre Zébulon, qui se souciait de lui, qu'allait-il devenir?

Arrivés à TF1, il m'a littéralement jetée dans une loge où une dame s'est efforcé de me donner un air d'auteur-non-avenue-employée-de-bureau. Je me suis regardée dans la glace, je ressemblais à Robert Smith, des Cure. En plus pâle (si).

On m'a ensuite emportée telle une paraplégique sur le plateau télé où j'ai trouvé les dix autres vrais Français en train de suer et de faire sous eux de peur et d'émotion. J'ai encore essayé de joindre Nounou, puis A, et même Zébulon, sur son portable jouet. Personne ne répondait et mon angoisse allait grandissant.

Et je peux vous dire que le fait de rencontrer éminemment Nicolas Ier ne me troublait pas du tout, j'étais bien trop paniquée par l'abandon de mon fils et le silence de sa nounou.

Entretemps, Nicolas Ier est entré, avec sur ses basques, un long type dont la tête me disait vaguement quelque chose et qui est resté planté debout derrière lui, tandis que Nicolas Ier prenait place sur un siège blanc comme un hymen même pas recousu. J'ai continué d'essayer d'appeler discrètement Nounou, puis A, puis Zébulon mais les touches glissaient sous mes doigts et je n'arrivais pas à former leur numéro et quand par hasard j'y parvenais, personne ne décrochait à l'autre bout.

  • Et qu'est-ce qu'on aurait dit si je n'avais pas sauvé les banques hein... on me dit, il faut être pragmatique, c'est pas pragmatique ça que de sauver celles qui pourront nous permettre de sortir de la crise hein?

Le débat avait commencé et c'était le petit entrepreneur qui s'y collait, puis le blouson noir, syndicaliste à l'oreille percée, qui avait saisi le mollet du Président et entendait bien ne pas le lâcher. J'ai abandonné l'idée d'appeler pour celle d'envoyer un SMS, plus discret. Suis retenue au boulot, arrive dès que possible, avant minuit et...

  • Et elle pourrait arrêter de tripoter son téléphone pendant que le Président parle?

A tonné le Président, justement. Tous les regards se sont tournés vers moi et le type debout qui sentait l'anisette m'a jeté un regard extrêmement désapprobateur. Puis il a commencé à feuilleter fébrilement des fiches qu'il avait sorties de son veston, m'a à nouveau regardée et il a eu l'air soudain paniqué.

  • Qui est cette personne? A aboyé Nicolas Ier. C'est l'infirmière de service? Madame, j'ai bien conscience que vos horaires saturés ne vous laissent pas le temps d'effectuer votre correspondance téléphonique mais tout de même, il est usage quand on est invitée à un débat avec le Président, qu'on fasse preuve d'un minimum d'attention!

  • Euh...

J'ai piteusement bafouillé.

  • Quel est votre hôpital d'assujettissement? M'a demandé d'un ton un peu plus doux Nicolas Ier. Travaillez-vous avec les vieux atteints d'Alzheimer ou les cancéreux en fin de vie?

  • Si je puis me permettre, ô vénérable Président, a émis le type en veston, ce n'est pas elle l'infirmière...

  • Ah... alors c'est qui? La prof qui fait de la résistance? Le pilier de grève FSU du lycée Guy des Cars de la Zep yaplusqu'à crever? A aboyé Nicolas Ier.

  • Ah non, a tonné une voix de femme dans le public, le symbole de la prof pas contente, on était d'accord pour dire que c'était moi!

  • Mais alors qui êtes-vous? A clamé le Président.

Et disant cela, il s'est levé et s'est dirigé vers moi, en brandissant son index...

  • Descends! Si t'es une femme!

Ce qui était idiot, vu qu'on était à la même hauteur. Je n'ai donc pas bougé.

  • Euh, j'ai réussi à articuler, c'est une erreur... je suis employée de bureau le jour, écrivain le soir (mais jamais après 22h00) et...

  • Ah l'Intellectuelle! C'est donc elle! A glapi Nicolas Ier en prenant une posture genre close combat.

  • Je ne dirai pas ça, j'ai tenu à préciser, disons que j'écris, du moins j'essaye, car ah vous savez ce n'est pas facile, avec un enfant et des parasites qui...

  • Des sans papiers? A hurlé Nicolas Ier. C'est ça? Vous dissimulez dans votre loft des sans-papiers?

  • Loft, je ne dirai pas ça, j'ai corrigé car je tenais à être précise puisqu'il fallait que tout soit vrai. Je dirai que ce n'est pas parce que j'habite Montreuil que...

  • Ah une Verte! S'est exclamé le Président. Ah le joli panel, une bobo écolo intellectuelle en une seule personne! Bravo Jean-Pierre, belle pêche!

Il a fait au type qui sentait l'anisette et qui avait abandonné de feuilleter toutes ses fiches.

  • Et quel est votre problème? Nicolas Ier m'a demandé ensuite. La crise, je suppose que vous ne la connaissez pas non?

  • Eh bien, je ne dirai pas ça, j'ai tenu à préciser, les valeurs de mon aïeule se dévalorisent et mon traitement ne...

  • Une fonctionnaire qui plus est! S'est esbaudi Nicolas Ier. Tant de personnes dans la même personne, décidément Jean-Pierre, mille fois bravo!

A mes côtés, les autres, les vrais Français ont commencé à grogner. Il n'y en avait que pour moi, débarquée par hasard, quand eux, ils avaient bûché leur soirée. A ce moment là, mon portable, habituellement sur le mode vibreur, s'est mis à entonner haut et fort, l'Internationale, que le syndicaliste et la prof de Zep ont repris en choeur.

  • Arrêtez, arrêtez immédiatement ce chant anti-patriotique! A braillé le type à l'anisette.

  • Une coco! A glapi Nicolas Ier. Qu'on l'extrade sur le champs en Sibérie!

Des femmes en burka (mais c'était peut-être des hommes après tout) ont alors surgit de toute part et ont commencé à me traîner en dehors du plateau. Et ça sonnait, ça sonnait...

Je me suis brutalement retrouvée dans ma chambre, avec un A qui m'engueulait de ce que mon réveil l'avait réveillé quand moi, avec mes oreilles bouchées par mes bouchons de vioque, je n'avais rien entendu. Cinq minutes que ça sonne, il a couiné, et toi tu dors, tu glousses, tu gémis...

Eh bien croyez-moi si vous le voulez, nonobstant le début du rêve qui n'était pas folichon, j'ai presque regretté que sa dernière partie ne soit pas vraie.  


Ecrire un commentaire
 
Accueil
Accueil
News
Les textes de Marie
Liens
Contact
Rechercher
Visiteurs

Personnes ont visité ce site.

Tous droits réservés © 2006 - Marie Chotek - Ce site web est réalisé avec Joomla!