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Écrit par Marie Chotek   
12 février 2010 14:17

Je ne sais pas vous mais concernant la finance, la bourse, les cours, j'ai l'impression d''être confrontée à une sorte de force obscure, aussi opaque que puissante, contre laquelle il serait vain de lutter, sachant qu'on ne sait pas où elle commence, ni où elle se termine, et qui, surtout, en est à la tête.

Je sais bien au fond comme tout le monde mais je ne m'y résous pas, qu'il n'y a pas une ni même un groupe de personnes derrière, juste une myriade de gros intérêts aussi individuels qu'aléatoires qui constituent ainsi cette force obscure, et que même, même Nicolas Ier, n'a pas la main dessus.

C'est dire.

Comment s'y retrouver? Des histoires de cours qui chutent quand la croissance repart et que l'embellie semble au rendez-vous, ou plus étrange encore, des cours qui grimpent, battent des records... alors que la croissance piétine, que l'économie stagne et que les chiffres du chômage eux sont à la hausse avec fermeture d'usines et familles nourries aux pâtes à l'eau.

Tout laisserait donc à penser que ces deux mondes, l'économie et la finance, sont parfaitement déconnectés.

Or la finance, je me dis, se devrait être en toute logique le reflet de l'économie puisqu'elle est tout de même bien supposée se fonder sur des données d'ordre économique? On ne vend pas de l'air, à ce que je sache, mais des produits, ce qui veut dire des choses bien concrètes, palpables, comme l'est une bagnole ou une boîte de cassoulet bordel!!

Bon ben alors quoi, qu'est-ce qui fait que ça n'est plus lié? On ne cesse de nous dire, y compris Nicolas Ier, qu'il faut réformer le système, que ce qui nous a mené dans le mur, c'est la bourse, les marchés financiers donc la spéculation, les banques aussi qui n'ont pas joué leur rôle d'honnête prêteuse mais ont bien plutôt préféré spéculer sur des titres très rentables à court terme mais très pourris à long terme... Or, vous l'aurez constaté, les plus pessimistes se succèdent dans les micros, avec des intonations apocalyptiques dans la voix, et pourtant, rien ne bouge.

Qu'on nous donne des coupables!!

Les banques. Voilà au moins quelque chose de plus tangible à se mettre sous la dent que cet état insaisissable qu'est la force obscure. Voici le traître à abattre, le gras seigneur qui s'est embocqué sur le dos du pauvre peuple qui, lui, n'avait rien à se mettre sous la dent que les hypothèques de son logis. Voici donc les grosses salopes qu'il faut abattre. Abattons les donc comme des moutons atteints de la fièvre aphteuse et tout rentrera dans l'ordre.

Sauf que non. Car voilà que l'on nous dit que si on les abat, le système s'écroulera définitivement. C'est pour ça d'ailleurs que même un gouvernement pas franchement porté sur l'interventionnisme comme celui des Etats-Unis a dépensé des fortunes pour éviter que les principales banques du pays ne se cassent la figure et que la grande crise façon 29 soit là pour de bon.

Bon, alors s'il faut préserver les banques, faut-il dorloter les traders pour autant? Après tout, ce sont eux les spéculateurs, les Ténardier de la maison Bourse qui plombe la vie de millions de gens. Voilà les traîtres à zigouiller, les gras du bide, malgré leur allure gracile et juvénile, qui ont joué aux dés sur le dos des pauvres gens et qui se retrouvent, grâce à leurs faramineux bonus bien mal acquis, à tout juste trente ans, rentiers du système (sauf Jérôme Kerviel). Ce sont eux les gros salauds à abattre!

Sauf que non. On nous dit que si on sacque nos traders à nous, ils iront jouer aux dés ailleurs, car chez le trader, c'est aussi irrépressible que la limaille de fer avec l'aimant, il faut qu'il aille là où il peut se faire le plus de fric... or une économie sans traders ça n'est pas possible, ça ne serait pas bon pour le Système.

Soit on sacques tous les traders du monde entier, soit on ne sacque personne. Donc on ne sacque personne.

Alors qui? Qui abattre? Qui neutraliser pour que l'économie redevienne l'économie, c'est à dire un système qui permet juste l'échange de biens contre d'autres biens ou de l'argent, et rien que ça, de façon tangible et intelligible?

Bon, je n'attend pas véritablement de réponse, ni de Nicolas Ier ni de BHL ou de Jean-Pierre Pernaut, je me dis juste que dans un souci d'information, je vais commencer par regarder ce soir sur ARTE, le portrait du prix Nobel de l'économie, Stiglitz, qui semble soucieux, et des pauvres et d'expliquer aux analphabètes de l'économie comme moi, comment fonctionne le système économique mondial (une leçon d'économie et un message d'espoir, me promet-on).

Ah et puis sinon, autre obscurité... les déficits publics. Abyssaux nous dit-on. Et de nous désigner les PIGGS, ces vilains pays européens qui vont peut-être nous faire sombrer le rafiot et qui, parce qu'ils ont des finances dégueulasses, se retrouvent à emprunter 2 à 5 fois plus cher qu'un pays comme l'Allemagne, par exemple, qui, gute student, maîtrise ses dépenses publiques. Au passage, je découvre que la France dont on nous bassine avec le déficit budgétaire, se voit dotée d'un AAA par les agences de notation qui ont fait par ailleurs que les PIGGS sont les PIGGS (et qui, soit dit en passant, n'avaient strictement rien vu venir des titres pourris qui ont entraîné le système vers la crise...). Les profs seraient-ils malhonnêtes, les profs ne feraient-ils pas un peu dans l'arbitraire en primant les nordistes et en déprimant les sudistes?

Quoiqu'il en soit, à force, ces histoires de déficit public abyssaux, depuis le temps qu'on nous les brandit comme des menaces d'affreuse débâcle à venir, je finis par penser qu'on peut vivre avec, un peu comme quelqu'un à qui on ne cesserait de prédire le cancer et qui, malgré deux paquets de cigarette par jour, aurait toujours les poumons intacts.

De toute façon, dites moi, rapport au déficit budgétaire français, qui viendra nous réclamer le fric de toute façon? Les impôts? Mais les impôts, c'est l'Etat, et c'est l'Etat qui est endetté! Les banques? Avec ce que leur a filé l'Etat et les accommodements qui leur consent, elles n'auront tout de même pas ce toupet! Elles risqueraient de scier la branche sur laquelle leur gros derrière est assis... Nous? Les contribuables? Nous irions sommer l'Etat de nous rembourser une dette qu'il a contracté, assure-t-il, pour notre bien être (santé, école, transports, eau potable, etc)? Laissez moi rire (ahah, merci).

Moralité, ne nous bilons pas, personne ne pourra jamais réclamer à personne de rembourser la dette publique car nous nous tenons tous par les roubignolles (ou les nénés). Et c'est bien là la seule chose que j'ai réussi à saisir de cette force obscure qu'est la finance, et tout ce qui s'en suit. Tout le monde tient tout le monde, y compris les plus pauvres qui, s'ils se cassaient la gueule en masse, parviendraient à entraîner le système avec eux.

Rassérénant, si on veut...


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