Accueil
Sainte Badinter, priez pour nous pauvres aliénées... Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Marie Chotek   
14 février 2010 14:27

Ce jeudi matin (11 février), jour de Notre Dame de Lorette, c'était la journée Elisabeth Badinter sur France inter.

Why? Me suis-je demandé. Serait-elle morte? Apparemment non, puisqu'elle causait en direct dans le poste. S'agissait-il alors de la future canonisation d'une des grandes prêtresses du féminisme? Non plus (du moins, pas encore), car renseignement pris, sainte Badinter était invitée parce qu'il y a trente ans paraissait une de ses oeuvres phares, L'amour en plus, qu'elle venait de faire paraître un nouvel ouvrage, Le conflit, la femme et la mère.

Dans ce dernier ouvrage, il semblerait que sainte Badinter analyse ce qui serait une guerre qui ne dit pas son nom menée contre la femme, avec notamment le retour en force du naturalisme (remise à l'honneur du concept d’instinct maternel et éloge du sacrifice féminin), menaçant ainsi l'émancipation toujours fragile de celle-ci et l’égalité des sexes toujours pas super égale.

Pour lui tenir compagnie à l'antenne, il y avait quelques autres prêtresses du féminisme, à savoir des membres actifs de la presse féminine, comme Aveline Escarpin, envoyée spéciale des défilés de mode pour le compte du magazine Elle (mais qui n'a pas pu rester car un reportage à chaud l'appelait sur le terrain), et Maïté Vison, rédactrice en chef de Beauté fatale.

  • Ca me fait toujours marrer, a gloussé A en avalant bruyamment ses chocapic, quand pour parler de féminisme, on invite des journalistes de la presse féminine...

  • Ah ouais? J'ai fait, un peu tendue par cette histoire de guerre larvée (A serait-il en plus du Syndic de la non muse et de Cléa Culpa, le nouvel Ennemi à combattre?).

  • Ben ouais... tu regardes les magazines de nos mères il y a trente ans, comment s'habiller, comment plaire à son petit mari, comment aménager son petit intérieur... et tu regardes Elle aujourd'hui, c'est la même chose... sauf que c'est devenu comment s'habiller sexe, comment se taper plein de mecs pour être une femme libérée, et comment aménager son appart façon mode et branchée, sauf que ça reste quand même un appart donc un petit intérieur...

  • Oui mais il y a des articles sur des femmes qui militent, qui travaillent, qui exercent les mêmes métiers que des hommes... j'ai argumenté.

  • Bull shit, a grommelé A. Si tu crois ça, c'est que t'es une aliénée comme disait hier le Legrand au sujet de la voilée de Besancenot...

  • Tu mélanges tout, j'ai protesté.

  • Il faut culpabiliser les politiques, a articulé à ce moment là férocement sainte Badinter dans le poste, il n'y a que comme ça que nous aurons des crèches supplémentaires, des congés maternité dignes de ce nom...

  • Bien dit! A glapi Cléa Culpa qui venait de se lever.

Elle avait encore raté son RER pour aller tenir la caisse d'un hypermarché dans la zone commerciale de Sarcelles, job que lui avait dégoté par piston son oncle de Sud rail (j'avais du mal à voir la connexion mais bon, de toute façon, Cléa Culpa avait raté le coche). Je voyais les pieds sales de la non muse dépasser du canapé, j'avais pris ma journée, j'espérais qu'elle allait faire la grasse matinée puis passer du temps à se laver les pieds, vu leur état, ça me ferait bien deux heures en tout d'écriture.

  • Les femmes en ont marre, a glapit à ce moment là une socio-témoin aux Etats Généraux de la Femme, les jeunes trentenaires n'en peuvent plus de cette pression qu'on exerce sur elles... pression pour qu'elles réussissent dans leur carrière, pression pour qu'elles aient des enfants, pression pour qu'elles allaitent, pression pour qu'elles n'utilisent leurs seins que d'un point de vue érotique, pression pour qu'elles prennent leur mercredi pour garder leurs mioches, pression pour qu'elles ne prennent surtout pas leur mercredi afin d'être productive les cinq jours de la semaine, pression pour qu'elles restent à la maison pour élever leurs enfants, pression pour qu'elles rapportent un salaire à la maison et pour qu'elles valorisent leur diplôme...

  • Et les ouvrières? A demandé d'un ton aigre Cléa Culpa.

  • Et les quadragénaires? J'ai demandé pour ma part.

  • … alors comment faire donc pour que les choses changent? A interrogé la socio-témoin.

  • Il faut culpabiliser les pères, a répondu aussitôt la Badinter, il n'y a que comme ça que ça marchera... les pères sont des hommes qui travaillent, des hommes qui font des lois, des hommes qui donc ont des enfants, il faut qu'ils comprennent au besoin par la culpabilisation qu'ils doivent soutenir leur femme, les femmes dans leur lutte, leur combat pour exister en tant que femme, en tant que mère...

  • Et les célibataires? J'ai demandé. C'est le troisième sexe, c'est ça?

  • Tu vas pas nous remettre ça, a grogné A, on parle des mères, célibataires ou non, faudrait voir à pas tout mélanger...

  • Nous allons faire une pause musicale, a annoncé à ce moment là la journaliste. Puis après, Jean-Louis Murat, nous écouterons le témoignage d'une combattante des droits de la femme, Maïté Vison, qui en tant que rédactrice en chef de Beauté fatale, aura sans doute beaucoup de choses à nous dire...

Et là, je dois dire que je me suis intérieurement marrée. Pas à cause de madame Vison, mais à cause de Jean-Louis Murat. En effet, j'avais lu un portrait de lui en décembre dans Libé, où il avait quand même eu de ces phrases décisives du style, mais qu'est-ce que c'est que ces couples où la femme travaille, c'est quoi cette mode qui veut que la femme travaille au lieu d'élever ses enfants, précisant que sa femme à lui, bien sûr, restait à demeure pour élever ses deux niards.

  • Maïté Vison, vous avez été de tous les combats pour l'émancipation de la femme avec vos articles dans Beauté fatale... comment j'ai couché avec le frère de mon amant marié... comment j'ai dégoté aux champs un tailleur Dior soldé 3500 euros... céline dion, son combat pour élever seule son chien... ou bien encore, Bernadette Chirac, une femme qui se lève tôt... dites moi, Maïté Vison, avec de tels sujets, les conférences de rédaction doivent être agitées et vous devez recevoir des courriers de menaces de la part de ces rétrogrades et liberticides que sont les hommes...

  • Chaque matin quand je me lève, je ne sais pas si je serai vivante le soir, a confirmé d'un ton modeste Maïté Vison.

  • Pourriez-vous me donner un exemple type de débat musclé au sein du comité de rédaction?

  • Eh bien récemment, il y a eu... bas ou collants... que porte la femme véritablement libérée... et aussi, une discussion très âpre et très enrichissante sur le fait de savoir si une femme voilée était une aliénée ou une connasse masochiste... cette discussion a surgit au sujet la candidate de ce faux ami des femmes qu'est le postier de Neuilly sur seine et donc nous...

  • Ah venons en à celle-là!, l'a coupée Sainte Badinter, comment peut-on oser se dire femme libérée, combattante des droits de la femme et de l'humain, quand on se voile ainsi la face?! Non non non! Ce sont des comportements comme ceux-ci qui peu à peu instillent dans l'esprit des gens (les hommes) que la femme est un être inférieur et maléfique! Une femme voilée est une femme aliénée!!

  • Ce n'est donc pas une connasse masochiste? A poliment demandé la journaliste.

  • Si! A braillé Maïté Vison. Nous on avait dit que si!

Avec ce fol débat, la non muse s'était réveillée et elle se tenait derrière mon ordinateur portable, son bol de café équitable à la main. Elle m'a demandé si je travaillais bien, je lui ai répondu que j'écoutais parler les prêtresses du féminisme, surtout Maïté Vison, que je sentais que ça allait m'inspirer.

  • Maïté Vison, elle m'a fait, c'est pas la nana qui pose quasi nue sur l'affiche de l'arrêt du 102 en bas de chez nous?

  • Tu crois?! J'ai demandé en sursautant.

  • Ah nous avons en ligne le témoignage d'un homme qui se présente comme étant un ami des femmes et de la nature... allez y Patrick, nous vous écoutons...

  • Bonjour... voilà, je m'appelle Patrick, j'ai 32 ans, deux enfants et ma femme et moi sommes écologistes convaincus... aussi nous utilisons des couches lavables et j'ai été très choqué, madame Badiner, de vous entendre déclarer que c'était là une régression pour la femme...

  • Bien sûr que c'en est une! Votre femme utilise-t-elle en plus une coupelle de recueillement des menstrues? A demandé d'un ton sévère sainte Badinter.

  • Pardon? A sursauté le Patrick.

  • Non parce qu'en général, ça va avec... écoutez monsieur, j'ai vu toute mon enfance, ma mère laver des couches à genoux dans le ruisseau... moi-même je porte encore aux mains les stigmates du lavage des couches de mes propres enfants... alors, je vous en prie, laissez donc les jeunes femmes du deuxième millénaire utiliser des couches jetables, ce n'est pas ça qui va trouer la couche d'ozone!

  • Mais madame, a protesté le type, c'est moi qui lave les couches (bio), c'est moi qui fait les courses (bio), c'est moi qui prépare les repas (bio), moi encore qui donne le sein (bio) à notre petite dernière Cassiopée, et...

  • Monsieur, l'a coupé la Babeth, je vous félicite mais vous n'êtes absolument pas représentatif, vous êtes une micro exception et rien d'autre! Circulez!

De toute façon, je me suis dit in peto, un couple qui décide d'utiliser des couches lavables est forcément un couple dont les deux parties sont prêtes à mettre la main à la couche sale. Fallait pas qu'elle panique, sainte Badinter, ça ne risquait pas d'être la Ghislaine au Robert qui allait se mettre à utiliser des couches lavables.

  • Et concernant votre participation au capital de Publicis, a demandé ensuite la journaliste d'un ton embêté, vous vivez ça comment?

  • Je le vis très bien! A répondu sainte Badinter.

  • Mais comment dire... a insisté la journaliste mal à l'aise... cette entreprise est tout de même connue pour ses publicités un tantinet dégradantes pour l'image de la femme... telle cette ménagère qui fait ses carreaux nue ou cette femme qui mange un yaourt en position dit de la levrette...

  • Maïté Vison, nue à l'arrêt du 102... a murmuré la non muse.

  • Taratata, a rétorqué sainte Badinter, ce ne sont pas les pubs qui font la société et donc l'image que l'on a de la femme, elles ne font que la reprendre au vol... c'est les hommes qu'il faut culpabiliser!

  • Euh comment ça? A demandé Maïté Vison qui devait se sentir un peu écartée.

  • Eh bien en leur faisant honte de ce que pour leur faire manger des yaourts, il faut qu'une femme soit nue et en posture dégradante... que pour les pousser à regarder au travers des vitres propres, il faut qu'une femme les ait astiquées nue sur son escabeau...

  • Ah oui je comprends, a fait la journaliste d'un ton soulagé.

  • Bon, c'est pas tout ça, a conclu sainte Badinter, il faut que j'y aille, j'ai les courses à faire et les chemises de Robert à repasser...

  • Non?! Ont presque de concert hurlé Maîté Vison et la journaliste.

  • C'est une blaque...a gloussé follement sainte Badinter. C'est juste que ma disciple et aliénée préférée Marie Chotek doit tout de même bosser un peu...

Je me suis frotté les oreilles. Avais-je bien entendu? La non muse était partie se laver les pieds, Cléa Culpa comptait ses bons promos, A était parti emmener le Zébu chez sa nounou et moi, moi j'étais devant mon ordinateur devant une magnifique page blanche (enfin gris bleu).

Je me suis sentie poussée aux fesses par sainte Badinter, cette sorte de grande Simone en plus humaine et incarnée. Une prêtresse du féminisme au sens complet du terme, je me devais de le reconnaître mais qui, en vieillissant ou en raison même de son combat, avait attrapé quelques rigidités dommageables pour cause de dogmatisme aigu, fourrant ainsi dans le même sac écolos radicaux et écolos sincèrement militants, femme voilée et femme forcément aliénée, sans oublier sa désespérance de voir les femmes actuelles choisir parfois de rester à la maison avec leurs enfants en bas âge plutôt que de garder un emploi, ce passeport de leur liberté... sans s'interroger plus avant sur le sens que revêtait ou non ce travail dans leur vie.

Je me suis dit qu'il fallait vraiment que je me mette à écrire sérieusement, mon petit combat de la femme à moi était là. Et j'ai commencé cette journée de travail par lui tailler un joli petit tailleur Chanel...


Ecrire un commentaire

Commentaires


Ecrire un commentaire
  • L'email saisi ne sera pas affiché sur le site mais est uniquement visible par l'administrateur
  • Merci de rester dans l'esprit du texte.
  • Les attaques verbales seront suprimées.
  • Si vous avez mal saisi le code, veuillez *Raffraichir* la page pour qu'un nouveau code de sécurité soit valide avant de cliquer sur le bouton 'Envoyer'
Nom:
E-mail
BBCode:Email AddressBold TextItalic TextUnderlined TextQuoteCodeOpen ListList ItemClose List
Commentaire:



Saisir le code ci- contre:* Code

Powered by AkoComment!

 
Accueil
Accueil
News
Les textes de Marie
Liens
Contact
Rechercher
Visiteurs

Personnes ont visité ce site.

Tous droits réservés © 2006 - Marie Chotek - Ce site web est réalisé avec Joomla!