| Lecture popu |
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| Écrit par Marie Chotek | ||||||
| 04 mars 2010 20:42 | ||||||
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Mardi, Bécassine a été faire du vélo avec la Colonette à l'heure du déjeuner dans les allées des Tuileries (elle devait regagner ses points perdus avec son arrêt gastro). A son retour, rouge et suante sous son loden, elle nous a fait passer le nouveau mot d'ordre du Syndic pour le millénaire à venir (enfin, disons jusqu'au prochain changement de gouvernement, bien que les politiques et leurs mirifiques réformes se croient immortels). Et quel était ce mot d'ordre? Eh bien, après avoir été éminemment élitiste, ne condescendant à n'aider à la publication que des ouvrages du type Les modes de désignation papale au bas Moyen-Age (commission Sciences humaines et sociales) ou, plus primesautier, Je est un autre qui n'est toujours pas moi, haïkus d'un jeune militant socialiste désenchanté (commission Poésie), le Syndic allait désormais être prié d'aider les ouvrages d'accès au plus large public possible, écris par des auteurs de la vie vraie, vendus dans des lieux de la vie vraie, à savoir les plus éloignés de la librairie dite de référence ou d'une bibliothèque de quartier fréquentée fatalement par un public pauvre, radin ou cultivé.
Ma durée de tolérance au Syndic étant exactement calibrée à 26 heures par semaine, une heure de plus me ferait automatiquement basculer dans la neurasthénie ou la folie.
Cette dernière tirade n'étant ni de Bécassine ni de la cadette ni de moi, mais de deux individus vrais, des collègues de bureau, qui discutaient à mes côté dans le café, lieu populaire par excellence où suite à la réorientation du Syndic, j'avais décidé de me rendre une fois mes 26 heures bureaucratiques échues et dans lequel j'essayais de mettre par écrit de l'ordre dans mes idées. Pour en revenir à l'annonce de Bécassine, j'ai donc dit :
Et la Cadette a déclaré :
Ce à quoi Bécassine a répondu :
Ce qui m'a semblé étrange, car les parents de la Cadette étaient fonctionnaires de l'Education nationale. Mais bon, peut être qu'à leurs heures perdues, ils avaient monté une petite affaire genre épicerie fine ou vente de boutons de toutes les couleurs.
Etc, etc. Toutes les enseignes ont défilé quand moi, grande surface ou pas, je m'en carrai. Ce que je ne voulais pas, c'était travailler un samedi et lire devant tout le monde. J'ai prévenu Bécassine que je viendrai avec Zébulon et que ça ne ferait pas forcément de la pub pour le livre ni pour le Syndic.
Populaire, populaire. Pas facile d'être un écrivain de la vie vraie dans un lieu de vie vraie. Et à entendre mes voisins de table, pas fameux non plus l'atmosphère de leur bureau. Donc, j'en étais...
Bécassine a réfléchit.
Mille excuses. D'autres voisins de table. Deux jeunes genre banlieue. Des gens vrais quoi. Donc. Quoi lire.
Cette dernière sentence revenant à mes premiers voisins, les collègues de bureau vrais mais qui aurait pu s'appliquer à moi, franchement. Pour en revenir au rayon charcuterie et celui des protections hygiéniques, j'ai eu une vision un peu surréaliste d'agents du Cnl déclamant dans les allées des extraits choisis par eux parmi les ménagères poussant leurs caddies, les ménagers tirant leur paniers et les mouflets braillant je veux ça, achète moi ça, je veux ça! J'ai imaginé la teneur des annonces publicitaires ce jour là.
Mes voisins encore. Peut-être que la lecture d'un extrait d'un de mes livres favoris, du Desproges par exemple, leur ferait du bien? Les détendrait? Leur éviterait de se faire chasser la tête? En attendant, 20 mars ou pas, en rentrant ce soir là, j'ai cru que Paris avait été évacué avant une attaque thermonucléaire. Vides les quais, barrés par des glissières et gardés par des flics, vide la place de la Concorde, et vide aussi la place carrée du Louvre où, cependant, massés derrière des barrières, piétinaient des gens qui avaient l'air tout ce qu'il y a de plus vrai. L'hélicoptère qui avait tourné toute la journée au-dessus de nos têtes, était positionné au-dessus de la grande Pyramide du Louvre, je pouvais voir dedans des fusils mitrailleurs braqués sur la place. J'ai eu un moment d'angoisse. Devais-je courir et m'enfuir dans le métro? Devais-je revenir en arrière et alerter les flics qui gardaient les glissières de sécurité un peu plus haut qu'on s'apprêtait à canarder les touristes du Louvre? Idiot. Des flics, il y en avait plein autour des barrières, et des militaires en treillis, et d'ailleurs, l'hélicoptère était un hélicoptère de la gendarmerie nationale. Renseignement pris, c'était le président russe, Medvedev qui, de passage à Paris, avait exprimé le voeu très cher d'aller admirer les icônes russes exposées au musée du Louvre. Aussitôt dit, aussitôt fait, il avait suffit de bloquer les voitures de quelques milliers de Parisiens et de banlieusards, d'évacuer manu militari les touristes japonais et autres qui étaient occupés eux aussi à admirer les icônes russes et voilà. Mieux encore, Dimitri étant un grand démocrate, on ne le dira jamais trop, la visite n'avait qu'à avoir lieu un mardi, jour de fermeture du Louvre, avait-il suggéré, lui, ce grand érudit, qui connaissait les horaires d'ouverture de tous les musées du monde. Cela ne dérangerait ainsi que les quelques milliers d'automobilistes transitant dans cette zone centrale. La place était donc libre et Dimitri allait pouvoir se nourrir l'esthétique après avoir grignoté un burger, un nêm ou une tapas à l'un des restos de la galerie du Louvre.. Dimitri Medvedev, ce grand artiste. Cet homme de culture. Mais qui dit qu'il n'aurait pas plutôt préféré la lecture d'un extrait de Si c'était vrai? De Marc Levy au rayon boucherie du Carrefour de Rosny 2? Hein? Ecrire un commentaire
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